Expulsion du Père Clément Bolduc de la ferme FraiseBec:

Faits et réactions

L'équipe du Cyber journal SADP
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Un article signé André Noël, paru dans le journal La Presse du 30 août, a semé toute une commotion chez l'entreprise anneplainoise FraiseBec, ainsi que chez quelques organismes de défense des Droits de la personne.

Les faits :
Le soir du 28 août dernier, le Père Clément Bolduc, des Missions étrangères, est allé rendre visite aux travailleuses guatémaltèques et mexicaines de l'entreprise FraiseBec. Accompagné d'un ami, Roberto Nieto, ainsi que du journaliste André Noël, le Père Bolduc s'est rendu aux logements des travailleuses. Les femmes auraient invité les trois hommes à les suivre dans un des bâtiments qui leur sert de cuisine. Une quarantaine de travailleuses visiblement peu habituées à la présence de visiteurs, se sont rassemblées autour d'eux. Évidemment, ces femmes souhaitent toujours multiplier les occasions d'entendre parler espagnol et comme le Père Bolduc le parle couramment, puisqu'il a été missionnaire au Pérou pendant plusieurs années, elles semblaient selon lui contentes de pouvoir discuter avec eux.

Le Père Clément Bolduc a expliqué au Cyber Journal SADP qu'il visitait ainsi les travailleurs agricoles latino-américains de la région du Grand Montréal depuis une dizaine d'années, dans l'unique but de briser leur isolement et de les accompagner en leur apportant réconfort, soutient moral et spirituel.. Il faut comprendre qu'un travailleur étranger est privé pendant plusieurs semaines, voire même plusieurs mois, de contacts familiaux et amicaux nécessaires à tout être humain et malheureusement, le quotidien d'un tel travailleur se résume souvent à : travailler-manger-dormir. " Ce ne sont pas seulement des travailleurs, ce sont également des personnes humaines " de préciser l'abbé Bolduc.

Les travailleuses ont donc discuté avec eux. Selon l'article de Monsieur Noël, à la question : " Pouvez-vous quitter la ferme à votre guise ? ", elles auraient répondu que cela leur était strictement interdit, à moins d'avoir une autorisation de leurs patrons.
" Qu'arriverait-il si elles ignoraient cette consigne? " l'une d'entre elles aurait répondu qu'elles seraient congédiées et renvoyées dans leur pays."

Quelques minutes plus tard, Madame Isabelle Charbonneau, copropriétaire et dirigeante de l'entreprise, a surgi dans la pièce et a exigé le départ immédiat des trois visiteurs en vociférant qu'ils étaient sur une propriété privée et qu'il leur fallait une autorisation. Sur ce, le père Bolduc a répondu que les travailleuses, étant chez elles, pouvaient décider et exprimer le désir qu'ils quittent…ce qu'elles n'ont manifestement pas fait. Madame Charbonneau a donc quitté le bâtiment, laissant un contremaître sur place.

Les travailleuses ont continué de discuter avec les trois visiteurs et ont ensuite entonné une chanson avec le Père Bolduc. C'est alors que deux policiers du service de police Terrebonne / Sainte-Anne-des-Plaines / Bois-des-Filion, accompagnés de Madame Charbonneau, sont arrivés et ont demandé aux visiteurs de quitter les lieux.

Monsieur Clément Bolduc a confié au Cyber Journal SADP qu il na pas été surpris de voir arriver la police sur les lieux. L'abbé Bolduc avait tenté de voir ces femmes il y a 5 ans. Il a raconté s'être présenté au bureau de Fraisebec avec deux religieuses afin d'obtenir une autorisation qui lui aurait été refusée. Monsieur Bolduc a précisé à notre journaliste qu'il fait ce genre de visite régulièrement dans plusieurs fermes de la région de Montréal et qu'à chaque fois, il avise les propriétaires ou personnes responsables de sa présence. Selon lui, cette formalité relève de la courtoisie et non de l'obligation :
" Depuis quand faut-il l'autorisation du propriétaire pour visiter des locataires?"

Le lendemain, le Père Bolduc est retourné discuter avec Mesdames Isabelle et Louise Charbonneau. Il n'a toutefois pas rencontré les travailleuses, puisque durant la journée, elles sont au travail dans les champs. Isabelle Charbonneau a assuré au Père Bolduc qu'on lui donnerait l'autorisation d'aller visiter les travailleuses, s'il la demandait. Monsieur Bolduc, toujours optimiste, y a vu un signe d'ouverture.

Réactions de Madame Isabelle Charbonneau :
Suite à cet article, Madame Isabelle Charbonneau a accordé une entrevue à l'émission Gauthier, diffusée sur TQS le jeudi 30 août, afin d'expliquer en détails les circonstances de l'arrivée à l'improviste des trois individus. Elle y a entre autres mentionné que plusieurs travailleuses, contrairement aux prétentions de l'article de La Presse, étaient plutôt embarrassées par la présence des trois hommes.

Cependant, Madame Charbonneau n'a pas retourné les appels de demandes d'entrevue du Cyber journal SADP.

La Fédération des Femmes du Québec et Amnistie Internationale grandement préoccupées :

La Fédération des femmes du Québec et Amnistie internationale ont été alarmées en apprenant qu'un prêtre ainsi que deux autres personnes avaient été expulsés alors qu'ils étaient venus rendre visite aux travailleuses guatémaltèques et mexicaines employées par la ferme FraiseBec . Après tout, elles étaient dans leurs logements.

Entrevue de Madame Michèle Asselin à Radio Ville-Marie (7 minutes)

Même si Madame Isabelle Charbonneau, une des propriétaires de la ferme, a affirmé qu'elle agissait pour la sécurité des femmes en contrôlant toutes les visites, la présidente de la FFQ , Madame Michèle Asselin , a répliqué que " la sécurité des femmes est garantie d'abord et avant tout par le respect de leur liberté et de leurs droits ". Évidemment, cet incident a soulevé de nombreuses questions sur la situation des travailleuses guatémaltèques et mexicaines à l'embauche de FraiseBec. Est-ce que ces travailleuses peuvent quitter la ferme à leur guise ? Est-ce qu'elles peuvent rencontrer qui elles veulent ? Seraient-elles séquestrées ? Est-ce que l'intervention policière était justifiée ?

Les deux organismes interpellent de toute urgence le ministre de la Sécurité publique, le ministre du Travail du Québec ainsi que le ministre des Ressources humaines du Canada afin qu'ils fassent la lumière sur cette situation. Il en va du respect des droits fondamentaux de ces femmes. "Nous sommes vraiment inquiètes de cette situation révélée par La Presse et par d'autres situations similaires qui pourraient avoir cours dans d'autres fermes québécoises. Le recours à la main-d'œuvre immigrante n'autorise aucunement à des exemptions de respect de leurs droits en tant que personnes", de conclure Béatrice Vaugrante, directrice générale d'Amnistie internationale.

Ont collaboré à ce reportage: Linda Boyer, Albert Rossi, Monique Veilleux.

 

Le Cyber journal SADP (www.cybersadp.com) - Tous droits réservés - 22.09.2007

 

Liens pertinents:


FraiseBec
"Un producteur expulse un prêtre" (La Presse, le jeudi 30 août 2007)
Entrevue de Madame Isabelle Charbonneau à TQS