L'hiver
Pierre Guzzo
rédacteur en chef

Pierre.guzzo@mediaTIC.ca

On entend toujours dire que nul n'a le don d'ubiquité, c'est-à-dire cette faculté d'être à deux endroits en même temps. Et bien, je vous annonce que la neige, elle, le possède ce don.

En effet, la neige tombe dans ma cour en même temps que sur mes nerfs. Non, mais qui s'amuse à nous remplir comme une salière? Le temps de deux ou trois repas, et paf! on remet ça. Tabarouette, il doit manger salé. Et les congères de devenir gigantesques comme si l'hiver c'était quelque chose qu'on gère. L'anarchie j'vous dis, rien d'autre. Non, mais, déranger autant, je ne suis pas certain que je rendrais visite aussi souvent, moi, et à autant de gens en plus. La neige, une sans gêne, elle s'invite comme ça sans avertir (ou si peu…). Le réchauffement de la planète Terre… me semble oui! Faudrait peut-être avertir l'hiver que le Québec, ça fait partie de la Terre. Les icebergs ne fondent pas, ils s'égrainent. Et devinez où? Au Québec, dans ma cour! Pensez à tous ces gens qui sortent du bureau au centre-ville et qui s'engouffrent dans la station Sibérie-de-Montigny, l'odeur d'humidité… ouache! Pensez à nos Anneplainois qui reviennent à la maison par la 15, et qui doivent se dire 15, c'est la distance en centimètres de visibilité.

Certains de me dire oui, mais y'a les beaux côtés, le ski, les enfants qui jouent dans la neige, le paysage de rêve dans lequel nous nous réveillerons demain matin. Ouais, ça donne à réfléchir, la petite soirée cocooning passée en famille ce soir, à l'abri de tout, des contrariétés quotidiennes et du temps qui passe.

Dans le fond, si on se compare à certains pays plus chauds où la violence n'est pas climatique, où ce qu'on empile le long des routes, n'est pas de la neige, notre neige à nous, dans moins d'une soixantaine de jours, elle aura commencé à fondre, s'en ira et se fera oublier. La guerre, la misère, la maladie, ça ne fond pas au soleil… Au contraire, ces travers sociétaux semblent s'installer et croître dans ces climats paradisiaques.

Quand la compagnie reviendra dans la chaumière ce soir, en maudissant l'hiver et les congestions sur les autoroutes auxquelles souvent on accolle des qualificatifs comme monstrueuses ou infernales, peut-être leur rappeler que leur enfer, à eux, il est temporaire et il fond.

Mais là, je dois vous laisser, une auto fait du surplace devant chez moi, je dois mettre l'épaule à ses roues. L'hiver, c'est parfois sacrant, mais l'hiver dans l'fond c'est quoi? C'est peut-être le bon Dieu qui nous dit, ouais la cuisine québécoise c'est super bon, y'en a pour tous, tout le temps… mais ça manque un peu de sel à mon goût.

 

Le Cyber journal SADP (www.cybersadp.com) - Tous droits réservés - 01.02.2008